A la manière d'Annie Duperey

 

 

photo famille

Cette photo est une merveille. On y voit mes parents, mes tantes et mes oncles. C'est une photo en noir et blanc au charme désuet et un peu anachronique au début des années 80. Elle a sûrement été prise au restaurant lors du double mariage de mes tantes. Deux mariées pour une même photo de famille!

Chaque couple est placé par "famille". Au centre, les deux mariées, sur les côtés, mon oncle et ma mère. Ma tante Marie-Jo porte ma cousine Mélanie, gros bébé joufflu, dans ses bras. Je ne sais qui elle regarde, ni ce qu'elle voit avec ses grosses lunettes et ses problèmes de vue. Elle sourit, discrète et heureuse. Elle est jolie. Son mari, Jean-Michel, le frère de ma mère, se tient derrière elle. Il est trop grand pour être ailleurs qu'au fond. Il a gardé ses lunettes de soleil, porte la moustache, le col ouvert sur sa chaîne en or. Ils ne savent pas encore qu'ils auront deux autres magnifiques filles: Virginie et Jennifer, ni que mon oncle mourra jeune, peu après ses 40 ans... personne ne le sait...

La jolie brune au sourire parfait est ma tante Cathy. Elle porte une belle robe rétro, des cheveux courts. Elle est radieuse. Elle ne regarde pas l'objectif, elle s'occupe toujours des autres et pose sur la vie un regard bienveillant et positif. Derrière elle, son mari, avec qui elle aura 2 filles pétillantes: Emma et Emilie. Il ne lui fera jamais perdre son beau sourire, même dans la tourmente du divorce.

Ma tante Monique, en plein centre de la photo, semble trôner, triomphante, et imposer le bonheur auquel elle a accès si jeune. 18 ou 19 ans, déjà mariée avec le beau mec derrière elle, mon oncle Richard. Lui, il est débraillé. Il a bien voulu porter costume et cravate mais en vrai, c'est pas son truc... Comme pour se préparer aux deux enfants qu'ils vont avoir, Yoann et Julie,  elle s'occupe de mon frère, Cyril, qui semble au supplice. Que fait-il là? Hasard révélateur, il ferme les yeux au moment du déclic. Il n'a pas une bouille joyeuse, il voudrait être ailleurs... et dire qu'on va sûrement lui demander de garder sa soeur quand tous les adultes auront bien attaqué leur apéritif!

Sur le droite, on voit mes parents. Je les trouve beaux. Ma mère a un regard un peu triste, un joli chapeau, elle a tout bien fait, elle est tirée à 4 épingles, elle est presqu'encore plus belle que d'habitude. Son mari est à son bras. Il a un regard franc de grand bonhomme courageux, une barbe virile. Il a fait un effort, il est bien habillé. Il aime la famille de sa femme. Elle s'accroche à lui, mais elle est forte, elle saura le prouver le moment venu et à plusieurs reprises. Ils ont déjà construit leur famille à eux: un fils et une fille. C'est moi! Je suis devant eux, ils m'agrippent fermement pour que je ne m'échappe pas. Je fais une tête horrible. J'ai laissé ma dent de devant sur le tapis de l'entrée en jouant au saut en hauteur avec un balai. Mes cheveux sont tout applatis... oubliées les jolies boucles qu'on avait essayé de faire sur mes 3 poils courts. Ma robe est sublime. On est allés l'acheter dans un beau magasin, à Nice.

Quand j'essaie cette robe de demoiselle d'honneur, je me sens un peu comme "La Reine des Neiges". La robe est parfaite! Je suis parfaite! Je ne vois pas qu'elle est 10 fois trop grande pour moi, que la vendeuse me la colle au dos, aux hanches, au buste... Je dois avoir 3 ou 4 ans, la robe doit être en taille 8/10 ans. Ma mère la commande alors que je pense repartir avec. Je vois bien arriver la grande fille blonde avec ses belles anglaises. Je la vois essayer MA robe de mariée. Je la regarde, et je me vois dans le miroir avec mes cheveux coupés courts à cause du chewing gum que mon frère m'avait collé sur le crâne, avec ma dent noire et à moitié cassée, souvenir de mes Jeux Olympiques au balai. Emballée la robe. La mère de l'Autre passe à la caisse et les 2 salopes quittent la boutique avec MA robe! Je suis inconsolable, je ne comprends pas que je vais en avoir une autre, une mieux, une "à ma taille". Je n'en veux plus d'ailleurs quand elle arrive. L'Autre est partie avec la mienne, et puis elle est plus belle dedans. Je serai une demoiselle d'honneur déplorable... c'est ce que l'on voit sur cette photo... ma tête dure!

Cette photo est un témoignage d'un moment qui n'est plus, qui ne sera jamais plus. Les mains qui s'unissent se sont lâchées. Mon oncle, mon père sont morts. Tata Cathy a divorcé, les cousins, les cousines sont nés et ce qui fait que cette photo est belle, chaque personne est soudée à une ou deux autres sur la photo, n'est plus toujours aussi évident aujourd'hui.