Il y a d'abord l'encadrement de la porte, le père et sa fille encore dans le narthex, puis la traversée de la nef centrale, lentement, les sourires, l'admiration, la concentration aussi, le bras donné pour conduire la jolie mariée devant l'autel, le père fier et ému. Mais c'est toujours bien plus tard, à la réception quand la fourchette tinte contre un verre et que le père de la mariée s'avance, micro en main, pour évoquer les bons mots d'enfant, la fierté de l'oeuvre accomplie, les fessées mémorables, et la beauté du cadeau qu'il offre à un autre homme que la faille craque petit à petit. Une décharge interne sous la voûte du nez, qui se répand, un peu âcre, dans les narines, et contre mon gré, je respire d'abord mes larmes. Je regarde le père, je regarde la fille, j'entends les mots, les applaudissements, ils s'embrassent, elle pleure, et moi aussi. Je regarde ailleurs, en bas, mes pieds et le gouffre qui s'ouvre, celui dans lequel je ne suis jamais tombée, mais c'est exactement à ce moment-là qu'il est difficile de ne pas être attirée par ce vide, que la tête tourne avec la robe blanche, quand la valse emporte ce père et sa fille, je redeviens le vilain petit canard pour qui désormais c'est trop tard et à jamais...

 

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